Des volcans et des hommes

UNE VIE PETRIFIEE : LES PIERRES

Le Basalte : Volcanisme et roches éruptives

La basse vallée de l’Hérault comprise entre Aspiran, Servian, Roque-Haute, Vias et Agde a été le siège, il y a de cela environ 700 000 ans, d’une intense activité volcanique qui a défini les grandes lignes du modelé et de la qualité des sols actuels.

Ce sont ces roches issues de nombreuses éruptions qui ont servi à l’édification d’habitations et d’édifices à caractère défensifs (remparts) ou religieux (église de Portiragnes, Vias, Agde..). Selon la proximité des gisements (carrières), l’origine des bâtiments, la qualité et les compétences des constructeurs, différents types de roches ont été utilisés. Ainsi les habitations individuelles se composent principalement de TUFS friables faciles à travailler et seuls les encadrements des portes, portails et fenêtres sont en pierre de basalte plus résistante.

D’après les écrits plus ou moins précis concernant le sujet, les pierres qui ont servi à la construction de l’église Saint Jean Baptiste de Vias proviendraient des carrières de Roque-Haute et de Notre Dame d’Agde. L’examen attentif de ces matériaux met en évidence deux types de basalte qui semble confirmer ces deux provenances.

D’où viennent ces roches, quelles sont leurs particularités, leurs propriétés et pour quelles raisons les trouve-t-on en abondance sur notre territoire ?

Généralités

Il existe des milliers de volcans actifs sur la terre et l’homme est resté à leur égard, à de rares exceptions près, tel que Pline et les Anciens, au mieux un observateur, au pire une victime. Les basaltes sont, et de loin, les roches les plus abondantes de l’écorce terrestre ; outre le fond de tous les océans, qui représentent déjà les deux tiers de la surface du globe, ils constituent de vastes plateaux continentaux. Les laves forment environ les trois quarts de l’écorce terrestre. Si à cette importance quantitative on ajoute le rôle primordial que le volcanisme joue, dans le dépôt des sels métalliques, dans la salure des océans, dans la composition de l’atmosphère et, par voie de conséquence, dans le développement de la vie, il apparaît comme étant un phénomène non négligeable.

Les roches éruptives

On réunit, sous le nom de roches éruptives, les roches volcaniques (ou effusives) et les roches plutoniques.

Les roches volcaniques résultent de la solidification de laves plus ou moins fluides épanchées en surface ou près de la surface. L’expression la plus frappante des roches volcaniques est représentée par les édifices naturels que sont les volcans. Par leur cratère, peuvent s’échapper des gaz chauds à partir des quels peuvent se former divers minéraux (soufre….), des produits solides pyroclastiques (blocs, bombes, lapillis, cendres, etc….) dont la sédimentation et la cimentation peuvent aboutir à la formation des brèches ou des tufs volcaniques. Enfin des liquides ou laves à fluidité variable selon leur température, leur composition chimique et leur teneur en éléments gazeux qui sont responsables des coulées.

Les roches plutoniques cristallisent en profondeur, soit par refroidissement d’un magma, soit par recristallisation de roches préexistantes.

Les structures et textures des roches éruptives sont fonction de leurs conditions de gisement qui déterminent leurs vitesse de refroidissement : plus le refroidissement est lent, plus les cristaux sont bien développés et inversement. Une cristallisation lente, conduit à une texture grenue (tous les minéraux sont visibles à l’œil nu), une cristallisation rapide à l’apparition d’une phase vitreuse (pâte composée de cristaux très fins ou de verre).

Les roches pyroclastiques formées au cours de l’activité volcanique sont composées de fragments de laves avec parfois d’autres roches, les plus fréquentes sont les brèches volcaniques, les tufs et les cinérites qui peuvent former d’importantes accumulations.

Le magma

Les magmas sont des mélanges de silicates et d’aluminosilicates (exceptionnellement de carbonates) fondus dans lesquels se trouvent, en proportions variables des cristaux, et surtout, dissous ou combinés, divers composés volatils. L’essentiel des modalités éruptives résulte des interactions mécaniques entre le magma, plus ou moins visqueux, et les éléments volatils, dont la teneur, la concentration, la pression, le chimisme sont les paramètres fondamentaux. La différenciation des magmas repose généralement sur le changement d’état physique : séparation de phases solides ou de phases gazeuses liées à la variation de la température et de la pression. Sans gaz il n’y aurait probablement pas d’éruptions, en tout cas pas d’explosions volcaniques. Par ailleurs, c’est de l’explosivité mécanique (surpression) ou chimique des gaz que dépendent les modalités de l’éruption. Enfin, ce sont encore les gaz, mais non plus les gaz magmatiques qui parfois interviennent de façon déterminante dans le déroulement des phénomènes éruptifs : l’oxygène de l’air, atmosphérique ou souterrain, la vapeur engendrées aux dépens de l’eau des nappes phréatiques, des lacs ou de la mer.

L’origine primaire du magma est la fusion partielle des roches (péridotites) du manteau. Ce phénomène se produit dans des chambres magmatiques, entre 10 et 30 km de profondeur. Les dynamismes éruptifs et les conditions de mise en place de ces roches varient selon la viscosité des magmas, qui dépend de leur composition et de leur température. Cependant c’est la phase gazeuse qui joue le plus grand rôle dans le dynamisme des éruptions. L’apparition de bulles et leur dilatation au cours de l’ascension tendent à accroître le volume du magma et à augmenter la vitesse ascensionnelle.

Dans le cas où le dégazage est progressif et où la phase liquide reste continue, l’activité est de type effusif caractérisé par des éruptions de laves et de coulées. L’arrivée violente de magma en surface provoque des éruptions explosives, au cours desquelles les matériaux sont fragmentés et dispersés sur des surfaces plus ou moins étendues, sous forme de cendres ou de bombes de tailles variables. L’énergie dégagée lors d’une éruption peut être énorme, 30 à 10 000 fois l’énergie dégagée par une bombe thermonucléaire d’1 mégatonne. Le classement des volcans tient compte de types d’activités éruptives et des types de retombées

Les terrains poreux et perméables (Vias, Roque-Haute) qui occupent souvent un volume considérable, peuvent rester gorgés d’eau à l’état liquide, même si la température est supérieure à 100 °C à condition que la pression de l’eau soit très élevée. Lorsque la chute de pression entraîne, sous l’effet de la chaleur, une vaporisation de l’eau, cela peut provoquer une explosion dont l’énergie projette toute la masse à des centaines de mètres d’altitude.

Roches volcaniques sédimentaires

Certaines roches sont en partie volcaniques et en partie sédimentaires, c’est le cas des volcans de Roque-haute et de Vias, à un degré moindre les volcans d’Agde. Lors d’une éruption, les matériaux, qui ont déjà été cristallisés dans la cheminée du volcan, sont fragmentés en gros morceaux anguleux ou en petits fragments, qui se transforment en cendre et sont projetées dans les airs. Lorsque ce matériel retombe, il se dépose en couches successives sur le sol, ou au fond des nappes d’eau, et se transforme plus tard en roche. Les roches qui renferment des fragments plus gros s’appellent brèches volcaniques ou agglomérats volcaniques; celles aux grains plus fins s’appellent tuf. On les classe selon leur composition.

Le volcan de Vias

Les sols hérités du volcan de Vias se composent d’un sédiment argilo-sableux avec des intercalations de tufs. Le volcan qui les a produit a dût être très explosif car les bancs varient peu sur de longues distances. Le commencement des éruptions doit avoir été antérieur au dépôt du sédiment, le volcan était alors de nature moins explosive, ce qui s’accorde bien avec la présence de foraminifères (fossiles) dans les argiles. Une ingression marine (+ 14 m) dans la vallée d’un proto-Hérault marquerait peut être la cause de la grande explosivité de ce volcan. Bien qu’il ne soit pas exclus qu’un mécanisme important tel que le volcanisme à cette période est provoqué le bouchage de la vallée de l’Hérault et la création d’un important lac d’eau douce qui serait à sont tour à l’origine de l’explosivité du volcan de Vias Le sol composé par endroit de tufs dans lesquels s’incorporent des bombes volcaniques de dimensions variables (quelques cm à près d’un mètre) La forte explosivité du volcan de Vias se confirme par la présence de beaucoup de hornblende brune ( Petits cristaux de roches caractéristiques de ce volcan) dans la région au Nord de Castelnau de Guers.

Le volcan de Roque-haute

Les roches volcaniques qui occupent les Terres Nègres et le Grand Bosc, entre Vias et Portiragnes ont une superficie assez réduite, mais doivent être considérées comme un véritable petit volcan, avec des périodes explosives aussi bien que des périodes effusives. Les roches se distinguent des roches du volcan de Vias (qui ne sont jamais effusives), par l’absence de nodules et la présence de cristaux d’olivine. En dehors d’un petit entassement de « bombes » les roches affleurantes sont des tufs et du basalte massif (cohérent). Le basalte cohérent est représenté par d’anciennes coulées, par aussi par des « pipes » de cratère. L’ancienne carrière au nord du Grand Bosc se compose de basalte cohérent de plusieurs mètres d’épaisseur. L’activité de ce volcan remonte après le début du Villafranchien et avant le Plistocène.

Le volcan d’Agde

Les basaltes du volcan d’Agde proviennent de plusieurs points d’émission et les coulées qui constituent trois petits plateaux séparés et ne paraissent pas être sorties du grand cratère du Mont St Loup. Le basalte cohérent consiste en trois plateaux de grande superficie et quelques affleurements isolés comme la carrière de Notre Dame du Grau, Roche-Longue et Brescou. Les deux premiers semblent reliés au grand plateau d’Agde. L’île de Brescou pourrait provenir d’un point d’émission en dessous de la coulée.

En guise de conclusion.

Ces édifices médiévaux, pour la plus part, témoins immobiles du comportement des hommes pendant des siècles est aussi, par les matériaux qui le composent, le reflet d’évènements telluriques à l’origine de la genèse du territoire viassois. Fascinant, parce qu’ils vivent toujours, de cette vie pétrifiée qui veille en permanence sur le lent et inexorable déroulement de la vie locale, seuls témoins que l’on puisse interroger aujourd’hui .

Gérard Metge